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Il s’agit de cinq vieilles dames, dans une pension de famille sur la “côte du soleil”, qui attendent vainement un beau temps qui ne viendra jamais.
Lorsque chacune des protagonistes se présente, si elle ne le fait que d’un mot, d’une phrase sans ambiguïté: “Je suis paysanne”, “j’étais femme de militaire colonial”, “j’étais bourgeoise, simplement bourgeoise”, “j’étais comédienne et personne ne l’ignore” c’est que cette évidence cache justement une réalité autre, peut-être inavouable, que l’on ne connaîtra en fin de compte jamais.
Les mensonges, les faux semblants, les paradoxes derrière lesquels nous aimons tant à nous dissimuler ne sont-ils pas plus révélateurs de l’état d’un esprit, n’éclairent-ils pas mieux la réalité profonde d’un être? Ne sommes-nous pas avant tout personnage c’est-à-dire masque dans son sens tragique antique?

Ada, Chloé, Ludivine, Fernande, Louise, mentent. Elles mentent comme on s’habille, elles mentent comme au théâtre et cela s’appelle jouer; mêlant passé réel et supposé, se costumant de désirs, se fardant de fantasmes, se masquant d’envies, à la fois actrices et spectatrices, elles mentent avec humour et gravité en des simulacres de combat dont elles connaissent la vanité de l’enjeu, conscientes et jamais dupes.
Ne sommes-nous pas à tout moment dans la même situation? Ne faisons-nous pas chaque jour pareil? Est-il nécessaire d’être âgé pour agir de la sorte, ignorants que nous sommes du jour et de l’heure? Une pièce sur la Mort, ce “Cimetière des élephants”? Cela dépend de vos angoisses, moi je la ressens plutôt comme une pièce sur la vie.

Jean-Paul DAUMAS

LE QUOTIDIEN DE PARIS - Mardi 22 Octobre 1991

…Cinq vieilles dames dans un « huis clos » infernal. Cinq vieilles dames frileusement cloîtrées dans une maison délabrée.… Dans la salle commune aux, murs jaunis d'une grande pension, on pourrait presque croire que ces femmes âgées sont venues chercher là repos et vacances. Sur cette Côte du Soleil où il ne cesse de pleuvoir, on entre progressivement dans leur univers figé, leur train-train quotidien fait de disputes et d'espionnage réciproque Peu à peu les règles du jeu de ce petit monde sont- assimilées : ne jamais parler de vieillesse et croire ce que l'on veut. Chacune est libre de raconter sa vie comme elle l'imagine… Enfin, l'élément perturbateur et révélateur du groupe fait son apparition sous les traits de Fernande la nouvelle venue a les épaules un peu larges et la voix un peu grave pour une femme. Courageuse, elle ne craint pas de sortir se promener, alors que le monde est rempli de voyous, cela est bien connu. A la fois tendre et drôle, à l'image de ses héroïnes peureuses, « le Cimetière, des éléphants » allie qualités littéraires et sens de l'observation : troisième- pièce de Jean-Paul Daumas, elle nous fait découvrir cet auteur prometteur.

Caroline de Camaret

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