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Fait divers
Le 18 mai 1985, le caporal Denis Lortie fait irruption dans le bâtiment de l’Assemblée Nationale du Québec, tue trois personnes, en blesse huit autres. Il avait pour but, dira-t-il au procès, de “tuer la figure de son père”. Ce fait divers a été relaté et étudié par le juriste et psychanalyste Pierre Legendre dans son ouvrage “le crime du caporal Lortie”.

Meurtre

“Quand tu ouvres ton journal, le matin, tu es blanc. Quand tu le refermes, il reste un peu d’encre au bout de tes doigts, c’est la seule salissure que tu en emportes (...) Tu es propre, mais tu es obscur. Tu n’as pas tué et tu ne tueras pas. Mais tu regardes le crime d’un autre, tu le regardes trop, tu as besoin de le regarder.”
Martine Drai nous plonge dans l’opacité d’une vie dont le meurtre n’est que la partie visible, la partie cachée nous conduisant à la question à laquelle on revient toujours: pourquoi? Elle porte un regard clair sur un geste obscur et nous parle, à travers ce cas extrême, des traces de notre enfance, du poids de nos racines, de la violence de nos secrets.
LE QUOTIDIEN DU MEDECIN - 13 Mars 2002

lsa Mercure. qui met en scène ce texte bref et dense, noué autour de l’énigme d'un geste déraisonnable a trouvé l’exact répondant scénique du style de l’auteur, comédienne douée pour les mots.
Il y a des spectacles donnés dans la discrétion qui sont des accomplissements. « Meurtre » de Marine Drai, tel que le saisit Isa Mercure, est une réussite. Le texte s’inspire de l’essai d’un juriste et psychanalyste : Pierre Legendre. Dans « Le crime du caporal Lortie » il étudie un fait divers réel.
Le 18 mai 1985. Denis Lortie pénètre dans le bâtiment de l’Assemblée nationale du Québec et tire. Il voulait, dira-t-il plus tard lors de son procès « tuer la figure de son père ». Il fit, ce 18 mai, trois morts et huit blessés. Pierre Legendre s’interroge, Martine Drai ne peut plus quitter la pensée de cet homme. Elle lui donne la parole. Mais le personnage n’est pas seul et l’écriture passe de la narration ou de l’adresse (« tu ») au récit direct (« je »). Trois voix se partagent cette énigme. Une femme, Ghislaine Lenoir, deux hommes Eric Challier et Hervé Falloux.
Dans un dispositif simple et sophistiqué à la fois de Claude Lemaire - on pense pIus tard à une cible, à une vis, à quelque chose de vrillé -, dispositif abstrait, étrange et familier à la fois, un grand jouet coloré qui sert d’assise aux acteurs et que les lumières de Roberto Venturi font palpiter, le texte résonne simple et résistant.
Le travail d’Isa Mercure est délicat. Elle guide avec précision les comédiens qui interprètent avec fermeté leur partition, la creusant d’indicible. On ne se demande pas ce qui lie ces trois voix. On est en quête de la vérité, insoutenable, d’un homme. Ghislaine Lenoir, Eric Challier, Hervé Falloux sont unis, tendus de la même inquiétude à la recherche de ce point qui ne cesse de fuir, l’impossible origine d’un acte fatal et destructeur.
La musique de Didier Goret intervient comme la lumière : elle approfondit le secret, ce secret qui demeure pour jamais celui du jeu.

Armelle Héliot

TELERAMA - 9/15 Mars 2002

… Martine Drai a tiré du destin de cet homme troué de vides un texte suffoquant, à partir duquel Isa Mercure a créé un spectacle à trois voix dont l’intensité va grandissant et poursuit longtemps.

Joshka Schidlow

LE FIGARO - Samedi 9 / Dimanche 10 Mars 2002

Un fascinant spectacle...

L’écriture est remarquablement dense qui tente de cerner une énigme, la mise en scène subtile, les trois interprètes Eric Challier, Hervé Falloux, Ghislaine Lenoir, profonds et déliés. A voir de toute urgence.

Armelle Héliot

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