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“L’archipel sans nom, La môme Néant, ou De la divinité considérée comme un obstacle? Lequel vous convient le mieux?” L’Archipel sans nom, répondit sans hésiter Jean Tardieu quand je lui proposai un titre pour le spectacle composé de textes poétiques et de quatre de ses pièces courtes que nous allions monter au Carré Silvia Monfort et en tournée. Il ajouta “Mais d’où tirez-vous ce titre? C’est très beau! “-Tout simplement d’Un geste pour un autre. Lorsque nous abordâmes dans l’archipel sans nom (ainsi nommé parce que nul navigateur n’avait réussi à le découvrir), etc...” Isa Mercure et moi découvrions l’archipel Jean Tardieu lors de cette première entrevue avec cet immense poète qui devait devenir notre cher ami Jean.

“Plus que les mots, ce qui compte c’est l’espace qu’il y a entre les mots” me dit-il plus tard. A propos d’espace, je guettais sa réaction quand je lui décrivis notre dispositif scénique, la façade d’un immeuble haussmannien couché, comme à la dérive, les personnages apparaissant par l’ouverture des fenêtres et se déplaçant avec précaution sur cette banquise pentue, perdue dans le vide. Il approuvait avec un étonnement amusé, mes propositions.

Jean Tardieu est un des esprits les plus ouverts qui se puissent rencontrer. Dans l’espace qu’il crée, l’imaginaire de chacun peut trouver sa place. Avec la vraie modestie de celui qui frôle les abîmes, approche les volcans, fréquente les planètes, il nous apprend l’apesanteur et nous ouvre des mondes. Avec sa stature de cosmonaute à la fois lourde et si légère, avec son regard fragile et si terriblement précis, il s’engage devant nous vers cette “Part de l’ombre” qu’il nous donne à conquérir. Il avance avec le courage fabuleux dont sont capables les poètes et les explorateurs. Certains le feraient en levant le menton, prêts pour la pose que retiendra la postérité. Jean Tardieu le fait avec l’innocence et l’humour du savant qui se prend les pieds dans le tapis “Mais un jour je fus distrait - ou fatigué d’inventer toujours. J’ouvris la porte de l’appartement... Malheur! J’avais oublié d’inventer l’escalier! Je me mis à plat ventre au bord du palier et je regardai au-dessous de moi rien, le vide! Imbécile! J’avais même oublié d’inventer la rue! Et de quelle ville d’ailleurs? Je n’aurais même pas pu dire son nom. Alors ma maison, avec le voisin d’en-dessous et son chien, avec son ciel silencieux, se mit à flotter au milieu de rien et nous partîmes pour une destination inconnue, doucement bercés par les vagues de l’espace, comme un vaisseau sur la mer”.
FRANCE INTER - Septembre 1983

Voilà trente ans, Jean Tardieu, le poète, a été l’un des inventeurs du théâtre moderne. Comment ? En jouant – en orfèvre – des mots, de leur magie, en déstabilisant leur sens habituel, grâce au pouvoir corrosif de son humour – étonnant et détonnant – il a bousculé, il a fait éclater les apparences du quotidien pour découvrir, derrière – la part de mystère que présente notre existence et le monde qui nous entoure. Trente après, ce théâtre de Jean Tardieu nous apparaît toujours aussi moderne, aussi vivant, pétillant de cocasserie par son esprit, mais en même temps profond, profond avec légèreté. Et c’est là la réussite - d’une qualité rare - d’Isa Mercure et de Gilles Guillot qui a réglé une mise en scène pleine d’inventions originales, comme le texte lui-même, propre à en faire briller la double face : la comique, mais au-delà - et cela me paraît neuf - la tragique. Tout ici concourt à la réussite : le décor surprenant de Jean-Pierre Larroche et les interprètes.

Paul-Louis Mignon

NOUVEL OBSERVATEUR

… Un spectacle qui constitue une aventure cohérente de bout en bout, sans hiatus ni failles… De très bons comédiens jouent avec une constante drôlerie sur la façade d’un immeuble qu’aurait couché un tremblement de terre. Ils sortent des fenêtres comme des diables d’une boite, s’organisent en orchestre, aménagent l’espace selon une réalité imaginaire, pareille à un garde-fou, aux savants et charmants délires de Tardieu.
On passe sans le savoir de « Monsieur Monsieur » à « Un mot pour un autre » ou à « La môme néant », parcourant la trajectoire d’un rire ininterrompu qui conduit tout droit, pas à l’angoisse, non, mais à ce vertige discret, à cette ivresse légère qui, dans nos esprits situent Tardieu quelque part entre Prévert et Michaux, avec des pointes du côté de Supervielle, sans qu’il doive rien aux uns et encore moins aux autres.
Quant on pense à la vulgarité de tout ce qui nous entoure, on s’étonne que le rire puisse trouver au fond de nous la complicité d’une sorte de perfection nostalgique du langage et, si le mot n’est pas trop fort, de la pensée… Peut-être que, sans le bel exploit d’Isa Mercure et Gilles Guillot, tout un vaste public risquait de passer à côté d’un bonheur qui prolonge les vacances et fait de la rentrée théâtrale une fête qu’on espère voir se prolonger.

Guy Dumur


LE MONDE

… La parole, parler, écrire, écouter, lire, c’est sans doute l’acte premier du vivre, c’est dans la parole que la chair et l’esprit ensemble se mettent à respirer, à faire. Notre vie, de la naissance à la mort, tient à ce fil : ce fil de paroles qui se file entre nous-mêmes et autrui ou entre nous-même et nous-même, dans des silences, des solitudes. Jean Tardieu met sans cesse le doigt sur le souffle crucial de la vie… Isa Mercure et Gilles Guillot ont assemblé un choix d’échanges de paroles ou de soliloques écrits par Jean Tardieu qui nous projettent sur cette orbite inhabituelle, à côté de la routine inconsciente des mots… C’est une soirée profitable et très gaie parce que Jean Tardieu sonde un grand mystère avec une vraie modestie.

Michel Cournot

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Voilà un titre qui permet de considérer tous nos comportements avec un certain recul. Le spectacle pourrait aussi s’intituler “dépêche-toi de rire” tant Jean Tardieu aime à se détourner de toute angoisse par les chemins de la comédie. Examinant nos rituels quotidiens avec la loupe de l’homme de théâtre et du poète, il traite chaque détail ainsi mis en évidence par le rire et par le rêve. Une fantasmagorie où rien n’échappe à son humour, ni notre langage, ni nos attitudes.
Jean Tardieu disait: “Le langage verbal passe par des circuits intellectuels et perd un peu de sa force dans ce détour: il refroidit... Je voulais rompre avec le dialogue théâtral, dit ”réaliste”, cette convention qui nous vient du “vérisme” et qui est fausse tant qu’elle n’est pas soutenue par une armature formelle, c’est-à-dire déformante.”
De son Théâtre de chambre, de certains de ses textes contenus dans La Part de l’ombre ou Le Fleuve caché, des divagations du Professeur Froeppel, nous avons retenu -le temps d’un tour de piste- la matière théâtrale qui nous parle d’un monde pressenti, avec cette légèreté, cet humour aigu qui fait apparaître si précisément la terrible et bouffonne ressemblance avec nos touchantes et solennelles grimaces, le petit cirque fragile et pathétique de notre humanité.

“je percevais les fragments dispersés d’une comédie, les bribes incohérentes d’un drame. J’entendais quelques rire, des éclats de voix, quelques répliques furtivement échangées, et je voyais apparaître sous le rayon du projecteur quelques ridicules ou aimables, touchants ou terribles, qui semblaient échappés d’une aventure plus ample et s’en venaient à moi comme q’ils avaient reçu mission de m’intriguer ou de m’inquiéter, en ne m’apportant de ce monde pressenti, que de lointains échos. Je notais ces fragments, j’accueillais ces fantômes de passage, je leur offrais un minimum de logement et de nourriture.”
De son pas léger de cosmonaute délivré de la pesanteur, Jean Tardieu a ainsi ouvert au théâtre contemporain des horizons de liberté où beaucoup d’auteurs, à sa suite, ont mis jour à leurs propres territoires.

Gilles Guillot

LE FIGARO

Quoi de neuf ? Tardieu ! C’est ce que nous rappellent une fois de plus avec malice et bonne humeur Isa Mercure et Gilles Guillot entraînant quelques-uns de leurs amis dans la ronde insolite, absurde, poétique, drôle, fine, spirituelle de Comment ça va sur Terre ? Une question très importante que pose Tardieu lui-même (on réentend sa voix). Pour les réponses, ce cirque enchanté par les costumes de Claude Lemaire et le talent amusé des interprètes... Un des plus jolis spectacles qui se puisse voir actuellement.  Théâtre Molière-Maison de la Poésie.

Armelle Héliot

JOURNAL DU DIMANCHE

Jean Tardieu et le Théâtre du Barouf entretiennent un compagnonnage complice qui a déjà fait ses preuves…Au sol, une guirlande lumineuse trace une piste de cirque imaginaire le monde vu par le poète, grand magicien du langage, de la phrase suspendue et du mot pour un autre…Tardieu interpelle, pose les questions métaphysiques comme il joue aux devinettes, orchestre une conversation comme une symphonie. A l’aise dans sa planète, Isa Mercure, Gilles Guillot et leurs acolytes renvoient l’écho de ce merveilleux inventeur, fidèles à son esprit léger et farceur, absurde et onirique. Jolie musique d’Yvan Dautin.

Annie Chénieux


LE QUOTIDIEN DU MEDECIN - 14 Mai 2003

Une fête enchantée...

Récréation! Voilà la récrée, voilà la fête. Isa Mercure et Gilles Guillot renouent avec un auteur qu’ils adorent… Ils le fréquentent depuis longtemps. Ils en connaissent les pleins et les déliés, ils en ont déjà fait spectacle. Ils récidivent, avec Jean Tardieu ici en position de Dieu le Père qui les regarde, les écoute. … Le théâtre du Barouf ‑ nom de la compagnie Guillot-Mercure ‑ sert les textes de Tardieu avec une élégance et une énergie remarquables. Il y a du choral et de beaux solos, l’entente d’un groupe qui s’amuse passant d’amusantes compositions à personnages aux accents sincères avec une alacrité charmeuse.
On ne peut que vous recommander ce joli morceau de poésie sonore, ce jeu avec les mots, si français, si forain en même temps. C’est l’Académie sur la piste, c’est l’amour de la langue qui fait des pitreries. On est enchanté.
Comment ça va Monsieur Tardieu ? Bien, si bien sur Terre grâce à vous !

Armelle Héliot

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Spectacle composé de pièces courtes et extraits choisis:

- “Délire à deux” (Eugène Ionesco)
- “Mais n’te promène donc pas toute nue” (Georges Feydeau, extrait)
- “Edouard et Agrippine” (René de Obaldia, extrait)
- “La peur des coups” (Georges Courteline)
- “En famille” (Jacques Prévert)
- “Un mot pour un autre” (Jean Tardieu)
L'AVANT-SCENE THEATRE

Qu'est-ce qu'il y a à l'intérieur d'une armoire ? Des secrets de famille, de ceux qui alimentent les scènes de ménages, les envies de meurtre. Armoires-refuges, armoires-prisons, armoires-cocons, ces « scènes de la vie de famille », cousues par Gilles Guillot, à partir de morceaux de bravoure de lonesco, Feydeau, Obaldia, Courteline, Prévert et Tardieu, sont jouées avec un abattage extraordinaire par Attica Guedj, Isa Mercure, Gérard Chaillou et Gilles Guillot. Les personnages, soi-disant abrités de « la fureur du monde », se déchirent avec hargne, et quand, au dehors, « la paix a éclaté », se demandent ce qu'ils vont devenir. Et nous ? que deviendrons-nous, sans eux, et sans l'humour ravageur de nos grands auteurs ?

Danièle Dumas

 

TELERAMA

Autour de quelques scènes de ménage truculentes et célèbres, quatre acteurs épinglent jusqu'au délire, jusqu'au surréalisme quelques situations-choc du répertoire théâtral traditionnel. Un étonnant décor fait de géantes armoires permet aussi à Gilles Guillot d'aller piocher sous tous les draps possibles les secrets intimes les plus cachés... Si la comédie de Ionesco qui sert de leitmotiv au spectacle fait trop souvent tomber le rythme, ce patchwork en forme de clins d'oeil met au moins en s'amusant une question essentielle en jeu : qu'est-ce donc, au juste, « faire une scène » ?

Fabienne Pascaud

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